Albums, concerts, films. Peu importe le style que vous appréciez ou le pays qui vous intéresse, nous en parlons, et de préférence avec humour.
Film indien d’Ashutosh Gowariker

Oubliez tous vos préjugés sur Bollywood, Lagaan va vous montrer une nouvelle image du cinéma indien. Nous sommes dans un village au centre de l’Inde en 1893, à l’époque où ce magnifique pays était encore une colonie britannique. Pour ne pas mourir de faim et pouvoir payer l’impôt sur les récoltes aux colons (le lagaan), les habitants du village de Champaner attendent impatiemment, mais en vain, la mousson. Alors qu’ils désespèrent déjà, le capitaine Russell, chef de la garnison britannique, décide, dans un élan de cruauté et d’humiliation, de doubler ledit impôt. Alors que les paysans viennent supplier le Maharaja pour qu’il fasse changer d’avis le capitaine, celui-ci propose un pari au jeune Bhuvan : si les indiens battent les anglais au cricket, alors ils seront exemptés d’impôts pendant trois ans. Dans le cas contraire le lagaan sera triplé. Les villageois de Champaner acceptent le pari et ont trois mois pour former une équipe et apprendre à jouer. Une équipe se monte dans laquelle les castes, l’âge ou la religion ne jouent plus de rôle. Choquée par le comportement de son frère (le capitaine), Elizabeth aide les indiens à comprendre les règles du cricket et tombe amoureuse de Bhuvan. Or celui-ci n’a d’yeux que pour la belle Gauri, avec qui il finit par se marier. Les deux premiers tiers du film sont ainsi consacrés à la mise en place de l’équipe, à leurs entrainements, à leurs doutes et à leurs espoirs, le match final occupe le dernier tiers du film.
Nominé aux Oscars en 2002 (meilleur film étranger) et récompensé en Europe, notamment au festival de Locarno, Lagaan a réussi à toucher un public beaucoup plus large que prévu et est le film indien le plus connu depuis Mother India. Le réalisateur prend son temps pour nous faire découvrir tous les personnages et les 3h40 passent sans qu’on ne se soit ennuyé un instant. La musique qui rythme le film est magnifique, les costumes et les décors sont resplendissants et la mise en scène très travaillée. Moi qui ne connais rien au cricket et qui m’endors au bout de 20min d’un match de foot, je me suis retrouvée à vibrer avec l’équipe, à essayer de comprendre les règles les plus tordues de ce « sport de gentlemen ».
Certes les soldats britanniques paraissent parfois ridicules, mais Ashutosh Gowariker évite le piège de la caricature. Bhuvan, lui, est le héros indien par excellence. Fils et futur époux irréprochable, jeune et dynamique, beau et fort, prêt à tout pour sauver sa terre et les siens, il réussit à convaincre son village qu’une victoire est possible. Les membres de l’équipe représentent chacun une catégorie ou caste différente de la société indienne, car oui chers amis, l’ennemi commun aide à renforcer les liens d’une communauté. Je pourrais vous parler pendant des heures de la beauté des plans, des personnages tous plus attachants les uns que les autres, des acteurs bons jusque dans les seconds rôles, de l’émerveillement et l’enthousiasme qui s’emparent de soi en voyant l’espoir qui brillent dans les yeux des indiens. Je préfère vous laisser découvrir par vous-mêmes la magie de ce conte (et puis vous allez finir par croire que je suis une jeune fille niaise et fleur bleue, alors que pas du tout (ou juste un peu)). Laissez vous emporter et essayez de croire au moins pendant le temps du film qu’une révolution n’a pas toujours besoin d’armes.
A.